Sortir de l'impasse bien-être /abolition pour défendre les animaux au présent

par pattrice jones

https://drive.google.com/file/d/0Bwn3XdA6tlTJeUZlTFMzNzBfU3M/view?usp=sharing

Lorsque Jenny Brown a pris le micro pour demander pourquoi des producteurs de viande issue d’animaux élevés "humainement" avaient été invités à promouvoir leurs produits et leurs pratiques à la conférence Taking Action for Animals de 2007, à Washington DC, elle s’est fait huée par certaines personnes de l’assistance. Durant les discussions informelles qui ont eu lieu à l’Animal Rights National Conference à Los Angeles cette même année, des militants partisans de progrès réellement importants pour les animaux, comme l’abolition des cages de batterie, ont été ridiculisés - au point que certains ont fondu en larmes, par d’auto-proclamés "abolitionnistes" qui les ont décrit de façon fallacieuse comme des "welfaristes" non dévoués à la cause de la libération des animaux. Dans un cas comme dans l’autre, les militants chevronnés ont fini épuisés et frustrés tandis que les nouveaux venus ont quitté leur première conférence avec une impression de confusion et de futilité.

Regardons la réalité en face : la multitude de controverses autour de la question de savoir si les efforts pour soulager les souffrances des animaux déjà existants (actual animals) aident ou nuisent à la lutte à long-terme pour la libération animale a sombré dans une spirale mortifère qui elle-même dessert cette lutte, en démoralisant les militants et en dissuadant beaucoup d’entre eux d’entreprendre toute activité en faveur des animaux - hormis argumenter pour promouvoir une éthique vegan. Pendant ce temps, la consommation mondiale de viande est au plus haut et continue de croître, les vivisecteurs demandent aux gouvernements de les protéger en poursuivant en justice en tant que "terroristes" les militants pour la libération animale, et le changement climatique menace la santé et l’habitat d’un nombre toujours croissant d’espèces. Nous pouvons sortir de cette impasse si, et seulement si, nous voulons apprendre à discuter de façon constructive, à choisir nos mots avec soin, à respecter la biodiversité tactique, et à analyser les actions stratégiques avec une compréhension aiguë des facteurs psychologiques, historiques et économiques. Examinons-les, chacune à tour de rôle, car les animaux ont besoin, pour être mieux aidés, que nous instaurions une meilleure entente entre militants.




Résolution créative des conflits

Nos discussions devraient permettre d’identifier les terrains d’ entente les plus vastes possibles, en examinant minutieusement les origines de nos désaccords. L‘objectif, c’est le consensus plutôt que la victoire pour l’un ou l’autre «camp».

Pour atteindre cet objectif nous devons, lorsque nous discutons entre militants pour la libération animale, partir du principe que chacun de nous agit en toute bonne foi, essayant autant que possible de faire ce qui est bien, et que nos désaccords sont dus pour la plupart à des divergences de vues concernant le meilleur moyen d’atteindre notre objectif commun. Ces différences peuvent trouver leur origine soit dans une analyse différente des faits significatifs, soit dans l’adhésion à différentes théories du changement social.

Il est essentiel de distinguer les questions factuelles des questions théoriques, en privilégiant les faits sur la théorie et en évitant l’utilisation d’analogies, qui ont tendance à être interprétées différemment selon les personnes et qui, en aucun cas, ne constituent des preuves. Par exemple, l’idée que les réformes pour le bien-être ouvrent la voie à l’acquisition de droits légaux plus substantiels est une théorie du changement social ; l’idée que de telles réformes ralentiront la marche vers l’obtention de droits légaux est aussi une théorie du changement social. Il est impossible, sur la base des faits disponibles, de prouver que l’une ou l’autre est vraie ou fausse et c’est pourquoi, pour en débattre, des propos modérés plutôt que des assertions dogmatiques sont recommandés. Les analogies, comme celle de l’esclavage par exemple, n’aident pas à clarifier la question.

Quels sont les faits dont nous disposons ? Qu’est-ce qu’ils suggèrent examinés dans leur ensemble ? La quête commune pour le découvrir, si elle est faite dans un esprit ouvert de coopération, pourrait conduire à de nouvelles théories plus nuancées, lesquelles pourraient nous indiquer de futures stratégies. Par exemple, considérer le fait que la disponibilité limitée - et en régression, des terres agricoles suggère non seulement que les craintes d’une augmentation de la consommation des produits animaux due à des réformes telle que l’abolition des cages de batterie sont infondées mais aussi que toute réforme obligeant à accorder plus d’espace aux animaux est susceptible d’être utile stratégiquement car elle limite physiquement la production tout en augmentant son coût de façon significative.

Parfois ce qui semble être de grands désaccords s’avèrent n’être que des malentendus causés par une terminologie imprécise. C‘est pourquoi il est très important de parler clairement, d’écouter soigneusement et, tout particulièrement, de poser des questions afin de s’assurer qu’on a réellement compris ce que disent ceux avec qui on semble en désaccord. Réagissez seulement à ce que les gens disent réellement et non à ce que vous supposez qu’ils pensent ou ressentent, car il se peut que vous vous trompiez fortement.






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* Texte original "In defense of actuals animals - Moving past the welfare-abolition impasse" (2008), traduit de l’anglais par Marceline Pauly, et publié avec la permission de l’auteur.





http://aftershock.pattricejones.info/ pattrice jones , écoféministe et militante pour la libération animale, est la co-fondatrice du Eastern Shore Sanctuary & Education Center, aujourd'hui Vine Sanctuary . Elle est l’auteur de Aftershock  et de The oxen at the intersection publiés chez Lantern Books et de nombreux essais et articles, dont   Analyse stratégique des réformes pour le bien-être animal - un guide pour ceux qui s'interrogent
et Gérer un sanctuaire publiés sur ce blog.